Extrait du Courrier des campeurs nº2

 

Les adeptes de sport de plein air le savent : les activités extérieures demeurent à la merci des caprices de la météo. Pour protéger son corps des intempéries, l’être humain a mis au point du matériel qui le garde au sec. L'adepte d'aventure cherche à fuir la ville, mais il ne souhaite pas pour autant une fuite dans son matériel !

tente pluie

gore texAvant de vous précipiter

Pendant un séjour particulièrement humide dans une région montagneuse, vous avez fièrement étrenné votre nouveau matériel de plein air. Horreur ! Des milliers de minuscules gouttelettes ont parsemé les murs de votre tente alors que votre manteau en Gore–Tex vous a semblé aussi imperméable qu'une passoire à spaghetti. Attendez avant de vous ruer chez votre détaillant en poussant de hauts cris et en réclamant d'un geste menaçant qu'on vous rembourse. Se pourrait-il que vous ayez oublié vos lointains cours de physique ? Aucune pièce d'équipement n'est à l'abri de la condensation. Les parois de votre tente, par exemple, sont souvent plus froides que l'air circulant à l'intérieur. La vapeur émise par votre corps aura alors tendance à s'y condenser. Vérifiez plutôt le long des coutures : si de l'eau semble s'infiltrer sans que ce soit l'effet de la condensation, il se pourrait alors qu'il y ait une fuite.

Les vêtements imper-respirants sont généralement composés d'un tissu de base (habituellement en nylon) sur l'envers duquel est greffée une membrane spécialement conçue pour évacuer, d'une part, les minuscules molécules de vapeur d'eau dégagées par la transpiration, tout en empêchant, d'autre part, les plus grosses gouttelettes provenant des précipitations de s'infiltrer. Il est très rare que la membrane fasse défaut. Pour éviter que le tissu ne se gorge d'eau et empêche ainsi la membrane de bien fonctionner, un déperlant est appliqué sur la couche de base. Si vous remarquez que l'eau ne perle plus sur votre vêtement, que ce dernier s'imbibe, devient lourd et perd de sa respirance, il y a fort à parier que ce soit le déperlant qui soit en cause. Heureusement, car c'est la seule couche qu'on peut facilement retoucher soi-même à la maison! Mais saviez-vous qu'avant de procéder à toute opération de réimperméabilisation, deux gestes très simples pourraient se révéler suffisants pour rajeunir vos vêtements ?

techwashLe premier, c'est le lavage. En effet, la saleté nuit grandement à l'efficacité du déperlant. Toutefois, on ne peut laver un vêtement technique n'importe comment. Même les indications des étiquettes d'entretien demeurent incomplètes. Évitez comme la peste les détergents liquides, même ceux qui se targuent d'être doux. Les enzymes qu'ils contiennent grugeront le déperlant. Quant aux détergents en poudre, ils se dissolvent mal, surtout à l'eau froide, et plusieurs rinçages — bien plus que les deux cycles offerts par la plupart des modèles de machine à laver — sont nécessaires pour éliminer complètement les résidus de savon. Voilà pourquoi il demeure préférable de se procurer des savons spécialisés comme le Techwash, même si à première vue le coût peut vous sembler prohibitif.

Le deuxième geste, c'est le séchage. Eh oui ! La plupart des vêtements imper-respirants, y compris ceux qui recourent aux membranes de Gore–Tex, peuvent — et même devraient — aller à la sécheuse. Sans que nous entrions trop dans les détails, sachez que la saleté et surtout les frottements — du sac à dos sur votre manteau, par exemple — inversent la charge électrique des ions qui composent le déperlant. La chaleur de la sécheuse ou du fer à repasser a pour effet de redonner la charge d'origine aux ions et ainsi permettre un effet de répulsion contre les intempéries. Idéalement, un séjour de 45 minutes dans la sécheuse, réglée à température moyenne, fera très bien l'affaire. Dans certains cas, on recommande même de repasser le vêtement. Néanmoins, lisez attentivement l'étiquette. Certaines pièces contiennent différents matériaux et il se peut qu'on doive se résoudre à les suspendre pour les laisser sécher à l'air libre.

Normalement, ces deux opérations devraient suffire à redonner à vos vêtements leur efficacité d'origine. Le déperlant d'un vêtement bien entretenu durera ainsi très longtemps. Toutefois, si aucune amélioration n'est constatée (habituellement après des mois, voire des années d'utilisation régulière et au moins une bonne quinzaine de lavages), c'est qu'il est temps de passer aux grands remèdes.

Les « coquilles » et les perles

Pour réimperméabiliser les survêtements (que les anglophones nomment shells, d'où l'appelation familière « coquille ») — c'est-à-dire les vêtements imper-respirants qu'on porte comme couche extérieure pour se protéger des intempéries —, il existe deux types de déperlants : ceux qu'on vaporise et ceux qu'on ajoute à l'eau de lavage (les wash-in). Chacun présente des avantages et des inconvénients qui lui sont propres. Ainsi, les produits wash-in sont plus faciles et plus rapides à utiliser, ils permettent souvent de traiter un plus grand nombre de vêtements, la distribution du produit est plus uniforme et elle atteint tous les recoins, y compris ceux qui ne nécessitent pas de déperlant… Toutefois, comme le vêtement trempe entièrement dans la solution chimique, l'intérieur aussi sera traité, ce qui peut théoriquement nuire à la respirance, surtout pour les membranes hautement sophistiquées. Avec le vaporisateur, vous choisissez vous-même les endroits à traiter, ce qui demande une certaine dextérité mais optimise du coup le résultat. De plus, le vaporisateur peut s'appliquer où que vous soyez, même sur le terrain. Difficile d'apporter une machine à laver en longue randonnée…

revivexSachez, pour ceux qui tiennent compte de ce genre d'information, que la compagnie Gore — qui fabrique le Gore–Tex — a approuvé deux produits en vaporisateur : leur propre produit, baptisé Revivex, et celui de Granger's. Aucun wash-in n'est approuvé pour le moment (celui de Granger's serait sur le point de l'être, paraît-il).

De plus, on retrouve deux types de composition dans les principales gammes de produits de qualité. Les produits Nikwax sont composés de polymère et de silicone alors que ceux de Gore et de Granger's sont plutôt à base de fluor et de carbone. Encore une fois, les avis sont partagés en ce qui concerne l'efficacité de l'un par rapport à l'autre. Le silicone, étant huileux, attirerait plus la saleté et l'huile provenant de la peau humaine. En fait, l'important est de choisir votre camp. N'importe lequel de ces produits est préférable au statu quo! Voici comment procéder :

  1. Lavez le vêtement selon les instructions imprimées sur la bouteille du produit choisi conjuguées à celles de l'étiquette (et relisez la deuxième partie du présent texte…). Vérifiez la date de péremption du savon, s'il y a lieu.
  2. Wash-in : Une fois le lavage terminé, laissez le vêtement dans la machine à laver. Commencez un nouveau cycle. Selon le volume et/ou le nombre de vêtements à réimperméabiliser ainsi que le produit choisi, lisez les instructions pour connaître la quantité d'eau nécessaire. Arrêtez la machine à laver et versez-y le produit. Il peut être avantageux de laisser tremper quelques minutes. Remettez la machine à laver en marche. Vaporisateur : Suspendez le vêtement encore mouillé. L'eau facilite la pénétration du produit dans les fibres. Vaporisez au endroits voulus.
  3. Si possible, faites sécher le vêtement à température moyenne (voir ci-dessus). Sinon, suspendez-le pour le faire sécher.

Chausser sec sur chaussée humide

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La première recommandation pour bien traiter des chaussures de marche est la même que pour les vêtements : entretenez-les ! En effet, les saletés sont fortement abrasives et peuvent endommager les coutures sinon le cuir. Au retour d'une excursion particulièrement salissante, épongez le gros de la saleté, retirez les semelles et laissez-les sécher à l'air libre ; puis, brossez délicatement la chaussure pour enlever les résidus. Si votre chaussure est munie d'une membrane imper-respirante, n'oubliez pas, non plus, d'y passer un linge humide pour enlever l'excédent de sel provenant de la transpiration. Si l'eau ne perle plus à la surface de la chaussure ou si elle semble s'infiltrer par les coutures, il est grand temps de traiter la chaussure. Quand vient le temps de mieux imperméabiliser la chaussure, le deuxième conseil essentiel est de bien choisir le produit selon les matériaux qui la composent.

Les produits liquides, plus rapides et faciles à utiliser — ce qui s'avère pratique en voyage ! — se déclinent en trois catégories : ceux pour le cuir pleine fleur, plus visqueux ; ceux pour le suède et le nubuck, plus liquide ; enfin ceux pour les chaussures composées d'un mélange cuir/tissu. En cas de doute, apportez la chaussure avec vous au magasin.

  1. Enlevez les lacets, nettoyez la chaussure et profitez du fait qu'elle est encore humide pour commencer le traitement.
  2. Si la bouteille est munie d'un pinceau — ce que l'on retrouve de moins en moins sur le marché —, badigeonnez le produit sur toute la surface en portant une attention particulière aux coutures.
  3. Si l'embout est muni d'un applicateur — plus simple et efficace —, tamponnez le produit, ne le crayonnez pas. La petite bille qui permet au produit de sortir du contenant peut érafler le cuir. Laissez pénétrer en suivant les instructions, puis essuyez le surplus avec un linge.

Les cires, tel le Sno–Seal, foncent et lissent le cuir tout en donnant un fini généralement plus résistant et plus durable que celui des liquides. En contrepartie, elles auront tendance à diminuer sensiblement la respirance du cuir qui, au départ, ne respire pas très bien. Si vous optez pour cette méthode, sachez qu'il faut éviter l'huile de vison. Ce qui fonctionne bien pour les chaussures de ville n'a pas forcément les mêmes bienfaits pour les chaussures de randonnée.

  1. Enlevez les lacets, nettoyez la chaussure et laissez-la sécher. On recommande même d'utiliser un séchoir à cheveux pour aider à dilater les pores. Attention toutefois : les poêles à bois et les sécheuses sont à proscrire. Une température trop élevée pourrait déformer le cuir ou changer la composition des colles. Notez qu'avec certaines pâtes — notamment Nikwax —, il n'est pas nécessaire de chauffer la chaussure.
  2. Cirez la chaussure avec un linge. Laissez-la reposer au moins une nuit.

L'attente sous la pluie

Les coutures constituent le principal point faible des tentes. Les modèles de qualité comprendront souvent des coutures qui ont été étanchées en usine. Par contre, certaines attaches seront cousues après l'application du produit protecteur. Aussi est-il recommandé de rajouter soi-même un produit protecteur avant la première utilisation. Le traitement est simple mais un peu fastidieux, avouons-le… Plus vous utiliserez votre tente, plus vous devrez vous assurer de son étanchéité.

Par une belle journée d'été, montez votre tente et arrosez-la. Entrez et vérifiez s'il y a des fuites. Si des gouttelettes s'infiltrent, le traitement est à refaire.

54654En France, les deux types de produits protecteurs les plus visibles sur le marché sont ceux à base d'uréthane (le SeamGrip, par exemple) et ceux à base de polymère (notamment le SeamSeal). Les deux sont efficaces. Toutefois, le premier à tendance à être collant (mais il existe un truc pour compenser, voir plus loin) et le deuxième à peler au fil du temps.

Une fois la tente montée, installez le double toit à l'envers — c'est l'intérieur de la couture qu'il faut étancher! — et tendez-le. Après une heure, tendez-le à nouveau. Les coutures doivent être étirées au maximum. Nettoyez les coutures avec une solution à base d'alcool (SeamSeal et SeamGrip en fabriquent).

Avec le SeamGrip, appliquez une petite quantité du produit sur la couture et utilisez une petite brosse pour bien l'étendre. Pour améliorer le débit, il peut être avantageux, avant l'application, de faire chauffer le tube dans de l'eau chaude pendant 10 minutes. Portez une attention particulière aux attaches et aux renforts. N'étendez pas trop de produit et ne vous hâtez pas inutilement car si, par inadvertance, vous tachez le reste de la tente, vous aurez de jolis motifs permanents… Les produits de type SeamSeal sont parfois munis d'un tampon applicateur. Utilisez-le ou utilisez une petite brosse.

Répétez la procédure sur toutes les coutures du tapis de sol jusqu'à la jonction avec les parois de la tente. L'application de produit protecteur sur les coutures situées plus haut n'est pas vraiment nécessaire. Si vous utilisez du SeamGrip, saupoudrez les coutures de talc pour diminuer l'effet collant du produit. Laissez sécher entre 12 et 24 heures. Il existe un produit chez SeamGrip qui accélère le séchage (2 heures !). À envisager si vous partez en voyage !

Sites internet utiles :

B. Galaise