Extrait du Courrier des campeurs nº2

 

Minuscule pays enchassé entre le plateau du Capcir catalan au sud et les gorges de l'Aude à l'est et au nord, le Donezan semble à l'écart du monde. À tel point que même les hommes l'ont progressivement délaissé. Avec 465 habitants au recensement de 1999, c'est aujourd'hui le deuxième canton le moins peuplé de France. Il couvre pourtant la même surface que Paris. Havre de paix et de nature préservée, ce bout de terre ariégeoise est vérouillé à l'ouest par le col de Pailhères (2 001 m), enneigé et fermé six mois par an, découvert récemment par les coureurs du Tour de France. Ici, le temps semble s'y écouler plus lentement. La première route date de 1900, le premier service d'autocar seulement de 1920...

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Carrefour, climatique et botanique

A 1 100 mètres d'altitude moyenne, le climat de ce plateau forestier et montagnard est soumis aux influences méditerranéenne l'été et atlantique de la fin de l'hiver (avec parfois des chutes de neige record). Cette association d'influences climatiques, ainsi que l'altitude, la diversité des terrains granitiques, schisteux, calcaires, l'isolement géographique encore récent, contribuent à la richesse de la flore du Donezan.

Plus de deux cents espèces végétales sont répertoriées dans ce « pays de Quérigut » (son autre nom, tiré du principal village), l'un des fleurons botaniques du massif pyrénéen. L'automne, les mélanges de couleurs de la forêt - les pins encore vert, les bouleaux passant au jaune, les hêtres déjà parés de leur livrée mordorée -, ainsi que la présence de nombreux étangs, ont valu au Donezan l'appelation de "Québec pyrénéen". La communauté de commune a d'ailleurs pris la feuille d'érable (l'emblême du Canada) pour symbole. Ce qui a le don d'énerver ses fervents supporters qui proclament avec fierté : « Le Donezan, c'est le Donezan », signe d'attachement à leur terre et à leur histoire, riche et complexe.

Le "Québec pyrénéen"

querigutAu XIIIe siècle, la forteresse « cathare » de Quérigut se trouve au centre de la dernière ligne de défense des Albigeois protégeant le comté de Toulouse face aux troupes du roi de France lors de la croisade contre l'hérésie cathare. Rien de tel pour découvrir ce pays que de suivre un sentier tranquille propice à évoquer l'histoire du pays à l'approche des châteaux ruiné de Quérigut (la pierre pointue en latin) et d'Usson, gardiens d'une frontière longtemps contestée entre Français et Espagnols. Gardien des gorges de l'Aude, le petit fort d'Usson existe déjà à l'aube du XIe siècle. Il passe de mains en mains jusqu'au Traité des Pyrénées (1659) où les tensions entre les deux royaumes s'apaisent. Après la Révolution, il finit en carrière de pierres. Des fouilles ont révélé une multitude d'objets : fragments de verrerie, aiguilles, un manche de couteau sculpté dans un os de bovin.

Perle bleue et attraction préférée des randonneurs, le lac du Laurenti dévoile ses eaux translucides, ses rives colorées du jaune des genêts, mouchetées du rouge des rhododendrons, arpentées par de prestigieux botanistes bien avant le XVIIIe siècle. Si l'on pousse plus haut, les prairies accueillent une profusion de fleurs muticolores difficiles à identifier pour le néophyte. Après un bel effort, on accède au toit du Donezan, le Roc Blanc à 2 543 mètres, domaine des fleurs mauves de l'aster des Alpes, de la réglisse qui régale les isards et même du délicat edelweiss, d'ordinaire hôte de l'étage alpin. Inclassable pays Donezan.

Un pays saigné par l'exode rural

Il y a 15 000 ans, le Donezan, sorti d'une période glaciaire, fut certainement occupé dès le néolithique. Une grotte fouillée en 1996 près de Mijanès révèle ossements humains et d'animaux, boutons en os, perles en calcaire datant de cette période. Sous les Carolingiens, le pays prend son actuelle appelation, issu de Donacanum, du nom d'un fonctionnaire ou d'un religieux carolingien. Le peuplement humain du Donezan atteint son apogée en 1875 : on compte alors plus de 3 000 habitants. Depuis, l'exode rural n'a pas épargné le canton dont la population a été divisée par cinq.

Des chutes de neige brutales

Silence absolu, ni brise, ni chants d'oiseaux. Des portes s'ouvrent lentement en poussant un amas blanc, des volets claquent détachant la couche blanche collée au bois. La Donezan subit parfois de gros coups de neige : hiver 1986, en 24 heures, le pays disparaît sous 1,50 mètres de neige. Au printemps 2007, 70 centimètres de poudreuse plongent ses habitants dans la stupeur et l'embarras.

En savoir plus :

Site Officiel de l'Office de Tourisme du Donezan : https://www.donezan.com/

B. Galaise