Extrait du Courrier des campeurs nº1

Le petit oiseau va sortir!

Toute personne qui a expérimenté la photo animalière voue le plus grand respect aux professionnels du genre. Bien sûr, il faut se doter d'équipement adéquat, mais plus que tout, il faut s'armer de… patience!

Les moyens et gros animaux :

  • On peut bien sûr photographier sans problème son animal de compagnie favori, mais les animaux sauvages sont faciles à affoler. Deux outils sont donc essentiels : un téléobjectif (200 mm, 300 mm ou même plus…) et un trépied pour la stabilité. Plus la focale est longue, plus on devra travailler à grande vitesse (1/500 et plus) pour éviter le flou. Les téléobjectifs coûtent chers (facilement 1 500 euros et plus) mais il est toujours possible d'utiliser les zooms du type 80-200 mm, même s'ils nécessitent beaucoup plus de lumière.
  • La photo animalière ressemble passablement à la chasse. Pour le gros gibier (chevreuil, sanglierl), il est préférable de se placer dans une zone propice à la rencontre et attendre la victime. Pour le plus petit gibier, comme les oiseaux, on peut également se promener en silence et tenter de repérer de loin en localisant les volatiles par leurs chants. Le défi consiste alors à installer son équipement et à déclencher son appareil sans faire fuir la clientèle. Évitez les reflex argentiques à moteur qui affoleront les oiseaux.
  • Tentez de vous confondre le plus possible avec le paysage environnant. Ne portez pas des couleurs voyantes! Certains maniaques feront comme les chasseurs en se badigeonnant d'urine animalière (si, si!) vendu dans les boutiques de chasse. Sans aller jusque-là, évitez quand même l'excès de parfum.

 

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Les (très) petits animaux:

  • Une option peu exploitée est celle de la photographie de très petits animaux et/ou d'insectes. Pour cela, il faut un autre équipement et une autre méthode. Du côté matériel, une macrolentille (permettant la prise de vue de très près) est nécessaire pour des résultats probants. À prix raisonnable, c'est-à-dire entre 700 et 800 euros, elle offre l'option macro sur des lentilles régulières. Les plus riches s'équiperont d'un flash annulaire (autour de 1 000 euros) qui se fixe au bout de la lentille et permet d'éclairer un sujet, autrement caché du flash ordinaire. Un miroir à 45°placé devant le flash permet de rediriger la lumière devant la lentille. On peut également faire appel à une source de lumière extérieure comme une lampe puissante ou un soleil radieux, s'il est en bonne position par rapport au sujet.
  • La chenille et le ver de terre sont des sujets coopératifs, mais si vous voulez diversifier les prises et les sujets, je vous suggère le truc suivant, donné par un professeur de photo : montez une tente dans laquelle vous installez une lumière que vous laissez allumée pendant la nuit. Le lendemain, elle sera bondée d'insectes de toutes sortes. Il vous suffira d'enlever le double toit, de refermer les portes et des centaines de modèles seront à votre disposition. Un papillon pris en macro donne des résultats impressionnants. Et tout ce beau monde est libre de rentrer chez soi après la session!
  • Certains ingénieux se montent littéralement une fourmilière (ou autre habitat animalier) dans une cage en verre, un peu comme un aquarium. Montée dans de bonnes conditions (luminosité, température, etc.), ce système permet de prendre des photos de certains phénomènes impossible à photographier autrement (naissance, copulation, gestation…). Finalement, vous pouvez bien sûr vous rendre dans le zoo le plus près, mais à vaincre sans effort, on triomphe sans gloire…

Geste vert

Des sujets… délicats

Capturer sur pellicule les comportements animaliers et les couleurs éphémères de la flore peut ajouter du piquant aux randonnées ou devenir une activité en soi. Mais afin de ne pas perturber les principaux intéressés, il est important de penser à :

  • Éviter les sites de nidification pendant la reproduction (souvent à la fin d'avril, en mai et au début de juin). La simple présence d'un kayak peut déranger les canards couvant au sol ou près des berges.
  • Photographier des sujets délicats, comme les papillons ou les minuscules amphibiens, avec des outils destinés à la macrophoto. En effet, la manipulation peut altérer les couleurs des papillons ou même intoxiquer les individus si les mains du photographe sont enduites de produits tel le chasse-moustique.
  • Replacer dans la forêt les roches et les morceaux de bois morts qui servent de chaises de fortune. Sous cette matière inanimée se cache souvent des insectes et des bestioles qui requièrent un certain taux d'humidité. S'il s'agit d'un nid de fourmis, postez-vous à proximité; le pic flamboyant pourrait bien se pointer!
  • Faire un détour ou utiliser un zoom afin d'immortaliser la fleur de vos rêves au lieu de piétiner ses congénères. Beaucoup de fleurs printanières doivent atteindre un certain âge pour se reproduire.
  • Réfléchir aux conséquences positives et négatives de la divulgation de la localisation exacte d'une espèce rare ou en voie d'extinction. Par contre, aviser un naturaliste ou un agent de la faune de votre découverte peut aider à protéger un habitat du passage de véhicules tout-terrain, par exemple!

Julie Molina, naturaliste.